Culture intra-utérienne d'une fleur technologiq : cheminement d'une réflexion de l'esprit sur les bords brillants de lyrism du théatre alternatif ~
Miroir mon beau miroir,
Foutue tangente par nature ~
Pierre MABILLE in Le miroir du Merveilleux
[Dans le] cercle magique ou Lewis CARROLL aurait aime entrainer Alice, il lui aurait revele [...] le jeu des equations par lesquelles elle eut penetre plus aisement que par le terrier du lapin blanc, dans le royaume enchante.
Helas ! les professeurs qui au lycee, nous enseignaient l'optique, ne ressemblaient guere a Lewis Carroll.Ils exposaient consciencieusement cette branche de la physique comme une science particuliere ayant sa discipline et ses applications pratiques. L'idee que la science est un langage, un mode d'exploration, au meme titre que la poesie et les arts, et que par ces voies differentes, on tend vers un mystere unique, ne paraissait pas les troubler.
Par contre, l'eleve que j'etais en avait le sentiment le plus net. Je comprenais deja qu'il suffisait de remplacer les notations scientifiques pour que les memes schemas representent les demarches les plus diverses de la pensee.
La valeur universelle de la geometrie, sa signification, a la fois interieure pour l'esprit et exterieure dans la realite, s'imposaient a moi. Toute sle spossibilites de constructions metaphysiques sont dans ces figures simples. Et la, resident le danger et la tentation. Les traces qui sont si utiles pour resoudre des problemes pratiques, sont des pieges. On peut y intervertir a volonte l'image virtuelle et l'objet reel. Cette liberte n'est pas particuliere a l'optique, elle regne dans tout lemonde abstrait des mathematiques, elle aboutit au jeu de l'intelligence, au jeu d'Alice.
En dehors des conditions que l'esprit s'impose a lui-meme, rien n'identifie les points du cercle, les sommets du triangle, le sens d'un mouvement. Dans l'experience du monde au contraire, toute indetermination disparait, rien n'est plus reversible, les choses ont une situation, une fonction et une direction, qui leur sont propres.
L'esprit est saisi du vertige s'il vient a croire que ce n'est pas l'homme qui s'approche de la table, mais celle-ci qui vient a lui. Que ce sont les objets qui font briller la lampe, et non elle qui les eclaire. Ces exemples qui paressent grossiers et caricaturaux, ne sont pas eloignes des questions que pose la metaphysique ? C'est bien de metaphysique qu'il s'agit en optique : si l'on songe que les memes traces representent aussi bien le trace d'un rayon lumineux apportant a l'oeil l'energie exterieure du monde, que le parcours du regard issu de nous et allant se projeter dans l'espace.
Les circosntances ordinaires de la vie, tendue vers l'action pratique ne soulevent pas ces discussions, par contre, elles deviennent primordiales des que surgit le phenomene inhabituel.
Parfois, dans le miroir (!),d es images apparaissent qu'aucun objet exterieur n'explique. Leur perception peut etre spontanee, coincider avec un etat d'emotion intense ous succeder a quelque ceremonie d'invocation.
Qu'etes-vous, formes etranges ou les traits humains deviennent tragiques ou burlesques, et se melent a des profils d'animaux. Visions d'absents qui, a la meme heure, se meuvent quelque part, tres loin. Silhouettes emouvantes d'etres disparus ? Puissance de l'imagination ? Vertus particulieres d'un miroir !
Ou encore reflet de l'existence reelle d'anges, de demons, de spectres, ou de doubles peuplant l'espace de presences invisibles.
[...]
Pour moi comme pour les realistes du Moyen-Age, aucune difference fondamentale n'existe entre les elements de la pensee et les phenomenes du monde, entre le visible et le comprehensible, entre le percpetible et l'imaginable.
Des lors, le merveilleux est partout. Compris dans les choses, il apparait des que l'on parvient a penetrer n'importe quel objet. Le plus humble a lui seul, souleve tous les problems.
Sa forme, temoignage de sa structure personnelle, resulte des transformations qui se sont operees depuis l'origine du monde, ele contient en germe les innombrables possibilites que l'avenir se chargera de realiser.
Le merveilleux est encore entre les choses, entre les etres, dans cet espace ou nos sens ne percoivent rien directement, mais qu'emplissent [que s'empressent d'emplir, dira DALI] des energies, des ondes, [des metaphores, ajoutera aussi BRETON] des forces sans cesse en mouvement, ou s'elaborent des equilibres ephemeres, ou se preparent toutes les transformations.
Bien loin d'etre des unites independantes, isolees, les objets participent a des compositions, vastes assemblages fragiles ou constructions solides, [realises sous nos yeux], realites dont nos yeux ne percoivent que des fragments mais dont l'esprit concoit la totalite ["ni trop vite - le parcours d'une balle - ni trop lente - l'herbe qui pousse", ajoutait-il dans L'Oeil du Peintre, un an auparavant, dans le numero 12 du Minotaure].
Connaitre la structure du monde exterieur, deceler le jeu des forces, suivre le mouvement de l'energie, ce programme est celui des sciences exactes. Il semblerait donc que celles-ci devraient etre les clefs veritables du merveilleux. Si elles ne le sont pas davantage, c'est qu'elles n'interessent pas la totalite de l'Homm.
Leurs disciplines severes excluent l'emotion sensible. Elle rejettent les facteurs individuels de connaissance au profit d'une investigation impersonnelle, et mecanique [la quantique].
[...]
Un tel morcellement, une telle volonte analytique cesseront. Bientot, grace a une vaste synthese, l'homme etablira son autorite sur les connaissances qu'il a acquises. La science sera la clef du monde des lors qu'elle sera susceptible d'exprimer les mecanismes de l'UNivers dans un langage sensible, accessible a l'emotion collective.
Cette langue constituera la poesie nouvelle lyrique et collective, poesie degagee enfin des frisonnements des jeux illusoires, des images desuetes.
La conscience cessera alors d'enfermer les elans de la vie dans un corset de fer; elle sera au service du desir ; la raison, depassant le plan sordide du bon sens et de la logique ou elle se traine aujourd'hui, rejoindra a l'etage des transcendances, les grandes possibilites [creatives] de l'imagination et du Reve.
WOLFGANG PAALEN in Le Grand Malentendu
La controverse qui opposa, il y a plus d'un siecle [maintenant 2], la poete au savant, ne fut liquidee qu'en apparence.
Au fait elle continue a reveler un des majeurs conflits de notre civilisation. Il s'agit de la controverse Newton-Goethe a propos de de l'Optique de Newton.
Ce qui frappe immediatement [l'Oeil] c'est le mepris aggressif dfu poete, sa colere en apparence bien incongrue au sujet.
Goethe contre Newton : il faut tenir pour un singe celui qui veut diviser en couleurs la lumiere; ne sont que nouveaux obscurantistes, sinon malhonnetes, ceux qui pretendent composer de lumieres colorees la lumiere etrenllement pure.
Le poet, a tout propos et hors de propos, cherche a discrediter l'optique newtonnienne avec une telle vehemance, qu'il appert clairement que son indignation vise quelque chose de bien plus fondamental que les problems optiq discutes dans sa "Fabenlehre" (Traite sur les couleurs).
Ici il n'y a pas lieu d'entrer dans une querelle que la science a liquide depuis longtemps [maintenant] en faveur de Newton. Schopenhauer, qui essaya vainementde defendre la theorie du poet, touche le point essentiel quand il reproche a Newton d'interpreter comme quantite ce qui est qualite.
Mais dans l'ensemble, le poet idealist "resout" la question par cette confusion entre qualite et quantite restee caracteristiq pour la pensee metaphysiq aussi bien idealist que materialist.
Goethe voyait plus juste en affirmant que qualite et quantite doivent etre tenues pour les deux poles de l'existence perceptible.
Mais il faut ajouter que le poet n'admet cette polarite que theoriquement, et avec de telles restrictions qu'elle ne permet pas d'enquetes scientifiq.
Pratiquement, en proclamant que la physique doit considerer la lumiere comme entite supreme et indivisible, il en exclut l'interpretation quantitative.Comme par ailleurs il ne permet que la comprehension qualitative de l'univers, et proteste contre les procedes inquisitoriaux de la nouvelle physiq qui veut forcer les secrets de la nature par "leviers et tenailles". [...]
[..] La reduction de la connaissance a des formules quantitatives a permis la capitalisation du savoir.
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