Culture intra-utérienne d'une fleur technologiq : cheminement d'une réflexion de l'esprit sur les bords brillants de lyrism du théatre alternatif ~
Il est tard et tout dort. J'ai deja passe une partie de la nuit a ne faire qu'y penser. Car je fais partie des rares exceptions, il y a lieu de s'en inquieter. A la grande différence des appartements d’un million et demi de citoyens alentours, le mien est eclaire. Loin d'etre inlumine ou allume pour autant, une lumière tamisée sur le gris triste des tapisseries de mes murs et quelques taches aussi çà et là, où de vieilles bêtes sont mortes de l’insalubrité notoire de ces lieux que je me garde propres - personne n'y vient.
Une forte odeur de moisi continue depuis plusieurs jours de me pourrir le quotidien, les agents de la propreté que j’ai contactés hier sont des incompétents, cette ville me répugne, ma paye est misérable et toujours pas la moindre trace d’un Coyote Agglutina. Mes capsules me font tourner la tête et trois hélicoptères jonchent comme a l’accoutumee les hateurs de ma rue, qui ne devraient pas tarder à me trauer. Instantanement je songe: me cacher pendant quelques minutes; redoubler ma dose de Sopra-soporifique pour faire oublier mes cachotteries aux indiscrets. Passer encore trois minutes à transpirer, me cacher, dormir, me réveiller une heure et demi plus tard, sans souvenirs. Toujours les mêmes craintes et toujours la même absurde situation. Je traque pour, suis traque par, ai pour employeur et detracteur, le même organisme qui me rend impuissant. Deux heures plus tard, mes options électriques sont toutes off, je me réveille étrangement d’un moment que je ne saurais décrire, mes envies sont exacerbées: envie de soupe, envie de glace, envie d’une lumière puissante, envie d’un bain, envie d’une femme, envie d’un sorbet encore, envie de dormir. C’est finalement celle d'un message debile du president qui l’emporte. Plus tard encore, je prends enfin un livre au hasard, posé sur une petite banquette juste à côté de mon lit. C’est le “Guide Universel”. J’y cherche une solution. Un lexique me permet de trouver rapidement. Des symptômes, la description de l’environnement, la réponse est sous mon nez : « Soporifique, fait entrer dans un etat d’inconscience proche du véritable rêve. Rend impossible le réveil à moins de l’intervention de Signaux. » et Signaux : «La Police des Nuits a le pouvoir exclusif d'en faire usage pour solliciter a tout moment l'aide d'un citoyen dans le cadre d'une enquête. Ne laissez pas un inconnu nuisible régir votre vie. »
Quels mysteres étais-je censé élucider ? Pourquoi ai-je des migraines et est-ce que je me réveille dans cet état étrange. C'est donc cette merde que j'ai prise. J’aperçois une boîte ouverte: Sopra. Ma lucidité va plus loin. C’est la curiosité qui en témoigne : pourquoi alors ne dormais-je pas ? Tout est vide, je n’ai rien à lire ni à travailler. Là, une pile de papiers sur lesquels apparait la date. 39 Nebuleux d’Antor. Jour d’aujourd’hui. Il est 2 heures du matin. Donc ecrite l'heure passee sans doute. C'est meme une evidence. Ce qui en anglais veut dire preuve. Je me prouve donc que j’etais dans le faux si la Police des nuits me traque. Je suis bien sur dans le faux. Je ne peux travailler le jour. J’ai des piles de travail en retard car je ne parviens pas à clore les dossiers que l’on me confie. Je me suis reveille sans que les Signaux me l’aient demande. J’ai du prendre assez peu de Sopra pour pouvoir me reveiller. Je dois recommencer quelque chose. Mais quoi ? D’autres gens semblent repondre a ce que le ‘Guide Universel’ decrit comme etant le rythme de vie normal: “Dormir systématiquement et n’attendre que le son du réveil universel pour se préparer au travail.” Rien n’est allumé à part ma veilleuse locale et aucun gribouillage n’apparaît sur mes dossiers. Peut être étais-je en manque d’inspiration ce soir et peut-être n’ai-je rien fait ? Mais cet événement n’isole suffisamment aucun element suspect qui me remette sur le voie. Allons, mon ordinateur. Il est éteint mais j’ai bien travailler dessus. Le vrombissement de ma bécane me surprend un court instant. Je dors dans une chambre modique, un taudis autant dire, et je me cache pour travailler. “Ravi de voir que je me suis encore réveillé. Si tout est bien clair dans ma tête, il faut travailler de nouveau. Le prochain passage des contrôles ne sera qu’au petit matin. une demie heure après les départs de la foule au travail.” Quelle invitation !
Les yeux filent a toute cadence, mon coeur palpite. Je scrute, je m’horrifie, j’ai peur.
La suite vient vite: Je me suis laisse un message:
“Mon travail est la chasse aux Coyotes Agglutina. Je dois passer trois minutes à me remémorer le film d’Alien II et je verrai clair. Il faudra alors me remettre au travail. Toute ma mémoire sera revenue en quelques dizaines de minutes, une heure tout au plus. Je ne dois pas m’inquiéter, je ne dois pas m’inquiéter...(et en gras) Respirer fort surtout.”
J’ai laisse trois fois cette phrase. Je me la repete a haute voix. Et deja dans mes veines, semblent se disciper avec mon souffle les effets de somnolence.
Enfin... une seule phrase, isolee plus bas: “J’agis pour le bien de cette ville.”
Je suis un vrai malade. Je me laisse de messages de schizophrènes sur mon ordinateur et je bouffe de la glace comme un porc. Le sol est dégueulasse. Je vais à la cuisine m’en rechercher une coupe.
J’ai reçu un message de Jessica. Cette belle demoiselle m’envoie des messages chaque matin. Je ne la connais même pas, mais il y a dans mes notes quelque chose qui me signifie que j’ai déjà eu à discuter très longtemps avec elle et quelques autre chose qui me dit qu’elle doit être très séduisante. C’est sans doute le dur fantasme de toutes les relations de ce genre, mais je pense ne pas m’être arrêté à peu de confidence sans en être venu à un tel jugement. Elle me plaît de toute façon. Sa façon de coucher les lettres sur le papier et la légèreté des mots qu’elle emploie me plaisent. Recevoir une amie en pleine nuit aussi, ça me plaît. Il semblerait de plus qu’elle ait été une partenaire de travail. Ça me reviendra, ai-je écrit sur mes mémoires quotidiennes. Je prends l’initiative d’en imprimer le texte du jour et je vois aussitôt après que son adresse m’est fournie avec le mail.
Je suis un journaliste désillusionné. Taciturne, paumé, complètement anéanti, je vis dans cette ville que je ne connais pas et fais sur elle des articles qui me mettent eux-même des bâtons dans les roues tellement la langue dans laquelle j’écris m’est inaccessible.... A situation abstruse, ecriture nocturne et activite sombre, rien n'eclaire.
Je garde sur le sol des papiers d’un jour, d’une nuit et de tout le reste de la semaine que j’avais passées à tenter de me suicider en laissant une trace de moi. Je les laisse en vrac sur le sol et je vis avec ça au quotidien. Je les enjambe chaque matin, marche dessus sans m'en soucier, les regarde au réveil et m’endors parfois même dessus quand je rentre tard, bourré, plein, vidé, sans un rond et sans motivation.
Je me remets ainsi en tête chaque jour que je suis quelqu’un de troublé, défaillant et que je ne dois a la vie qu'un coup de fil tranchant, et que je ne dois probablement la vie aussi qu’à un coup de fil similaire et quelques bonnes cigarettes.
Je me suis inventé un monde. Formidable ! J’y ai créé des personnages pas trop chiants, selon mon gré. Sam, Elisabeth, Isabelle, Eléonore, des femmes pour la plupart. Je suis hétéro et je souhaite avoir dans mes fantasmes un succès avec les filles. Marie, Pauline, mais aussi des mecs comme Sébastien, Fred, Omar, Roger et Matthieu. Ils sont tous tour à tour et selon le gré de mon humeur et ma force pour lutter, mes meilleurs amis, des amis de bringue, des potes de lycées que j’ai envie d’oublier, sur qui je crache volontiers pour faire marrer une nana que je branche, ou même des ennemis, des protagonistes, des confrères qu’il va falloir battre sur un article qu’on aura en commun. Là, je suis en train d’aller voir Marie. Je passerai du temps avec elle. Elle est belle comme tout, c’est normal. On couchera ensemble. J’aurai un orgasme avant qu’elle ait le sien. Eh oui, même dans mes fantasmes, il y a des choses que je n’arrive toujours pas à intégrer et à faire tourner bien. On se reverra, puis un jour elle sera fatiguée, je m’énerverai et elle se mettra en colère. On divorcera. Car on aura été mariés entre temps. Et on aura fat trois enfants. On partagera tout. On gardera ca comme souvenir et comme guide pour l'avenir, chacund e son cote, et on coupera. Elle prendra la moitié et elle gardera le reste. On aura tout découpé pour rien. Je lui laisserai les deux aînés, la fille et le garçon et je la laisserai recoller seule le petit dernier.
II- Le jour idéal (s'il en est)
Je pense enfin me souvenir de tout ce qui est le plus utile et, alors, j’écris, à
la manière dont je le fais chaque soir, une nouvelle ligne de mon journal de bord, mémoire fictive mais mémoire fiable, contribution quotidienne à l’amélioration de ma chienne de vie.
Toujours pas de nouvelle des Coyotes Agglutina - je comprends que c'est un rituel, il cntribue a me faire garder le sourire pendant mes relectures somnolantes.
Et la nuit s’achève bientôt. Une grande vague de ciel bleu traverse ma fenêtre. Je suis l’un des seuls témoins de cette supercherie, alors que le vacarme que j’entends réveillerait des morts de
la Guerre Plane. Penché à ma fenêtre, je me demande si Jessica - la plus seduisante des heroines des frasques aventureuses que je crois maintenant vraies - voit ça aussi et je
parcours du regard le paysage mouvant a sa recherche, consciemment et meme confiant. Et puis je commence de voire quelques silhouettes ébahies qui font de même. Un ami me fait signe.
C’est Louis et il a l’air à moitié dans les vapes. A quelques centaines de mètres l’un de l’autre, ce visage familier me dévisage. Son air perturbé me fait penser que c'est moi. Je vais me
regader: non, c'est quelqu'un d'autre que moi. Lui aussi doit se demander si nous sommes de bons amis. Comment étais-je hier matin, au moment où nous nous sommes tout deux sus amis pour la
énième fois comme si c'etait encore la premiere - je songe un peu que c'est peut-etre la le seul bon cte des choses. J’attrape une fourrure et lui fais signe de la main. Sa paire de jumelles au
bout du nez, il me fait signe qu’il comprend et qu’il préparera un café en m’attendant. Ma radio émet un son. Je vois son nom inscrit. Il semblerait que ce bon vieux Louis soit plus futé que
moi. Il a du inscrire quelque part que j’ai fait ça une fois et s’en souvenir par les mêmes démarches que celles que j'emploie, du temps et de l'espace qui se ressert, plus fort, chaque matin.
Depuis combien de temps crois-tu que nous fassions ça, bon vieux Louis ? Es-tu conscient qu’on nous bousille la tête avec tous ces trucs ? …J’en viens rapidement à me dire que chaque
matin, peut être, la même curiosité nous fait nous redécouvrir et nous amène à nous rencontrer, prendre un café et à perdre ainsi notre précieux temps à nous questionner. Je repose ma veste et
décide de me prendre en main : je ne reproduirai pour rien au monde la journée d’hier. Le temps est précieux, je l’ai écrit quelque part dans la notice que je lis chaque matin. Je
n’en connais pas la signification, mais je ne m’en fais pas trop, je sais de toute facon que je n'en fais pas trop. Les effets de ces doses de merde en tube m’inquiètent. Je sors quand même. Je
vais laisser de côté ma tâche ordinaire et prendre cette journée avec la lenteur que je lui dois : je suis en vie et j’en suis conscient. Un avantage sur un million et demi d’âmes damnées
aux alentours. L’une se réveille d’ailleurs. C’est une femme, seule apparemment. Une chanson vive remue son appartement et elle s’active telle une fourmi minutieuse et déjà programmée pour une
journée de dur labeur au service de la communauté. Je ne suis pas sûre qu’elle sache qu’elle a des voisins. On dirait que non, puisqu’elle ne s’inquiète pas du dérangement causé par son
brouhaha permanent. En dix-sept minutes, elle est prête et j’entends toutes les sources de son s’éteindre les unes après les autres : le sèche-cheveux, la radio, le réveil, la télévision,
la lumiere (source de son s'il en est). Et à toutes les sources d’énergie de s’éteindre en une seule voix. Un chuchotement et puis : rien. Douze kilowatts qui s'éteingnent en une
seconde. C’est une usine à gaz qui s’arrête de fonctionner, une ronronnement qui s’évanouit. Le fantôme de Mademoiselle X vient de s’échapper et je meurs d’envie de mettre un visage sur ses
bruits du réveil. Sans doute serai-je dehors lorsqu’elle reviendra, c’est donc maintenant ou jamais. Je vide l’appartement en un instant mais elle a déjà disparu. Le couloir est très long.
Je me rappelle maintenant avoir vu ça depuis ma fenêtre : je ne voyais pas l’extrémité gauche de mon bâtiment, même en me penchant au plus comme je le faisais. Mes pas s’accélèrent à
mesure que ceux de dizaines d’autres individus passablement effrayants me rejoignent sur la moquette de ce couloir. En deux minutes il est noir de monde et je viens de regretter de n’être pas
sorti plus tôt. Je viens de perdre espoir de jamais voir ma voisine. « Ce sera pour demain », me dis-je en accompagnant les cosmonautes de mon étage au bout du couloir. Nous
passons tous ensemble une porte rouge, sur laquelle apparaît le nom de BorkeShop et où s’arrêtent une vieille dame et un grand monsieur en sortant des clefs de sa poche, puis nous passons
tous ensemble encore ou presque une deuxième porte, verte celle-ci, et où figure cette fois-ci le nom de Ginette Werkstop.
Ici personne ne s’arrête, n'a d’attention en arrivant à sa hauteur, l’enseigne sur ma gauche me paraît à l’abandon. Au bout du dernier couloir, la porte jaune est marqué de la
pancarte « Exit ». Etonnamment, à part mes écrits officiels pour mon rapport, sur l’ordinateur, rien ne m'assurait vraiment jusque là etre en pays Anglo-saxon. La porte est tenue
ouverte par la douzaine de voisins qui me précèdent et sans me retourner, je passe le relais au suivant. La lumière nous éblouit alors. C’est que nous sommes non seulement haut mais nous sommes
également au bout du bâtiment, c’est-à-dire que nous arrivons a une sorte de sortie de la ville. Un mur immense s'arrete la, on croit entrer dans un autre monde. Sur la plate-forme où nous
arrivons, je vois alors qu’il y a sur ce pan de l’immeuble trois sorties, et que donc deux autres files de la même taille que la nôtre se rejoignent ici où nous attendent des vaisseaux. Déjà
s’affairent les chauffeurs et les contrôleurs à l’entrée des cabines. La transformation spectaculaire qui s’est produite depuis l’heure où je regardais par la fenêtre me donne a m'etonner,
et je suis secoue tant je n'y crois pas. J’admire cette organisation pendant quelques secondes, muet, secondes où je suis bercé et embarqué malgré moi à bord d’un de ces engins. Des
centaines de cabines de dix mètres se déplacent horizontalement et verticalement un peu partout dans le ciel, plongeant parfois vers le bas-sol... LES bas-sols. Je me retrouve assis
entouré de quarante autres individus originaux, des organismes debout, on dirai bien des hommes..et femmes. Une jeune femme tres jolie semble d'ailleurs aller en cours, un jeune homme
semble aller à un rendez-vous important, un entretien sans doute, une vieille dame qui souffre de la bouche semble se rendre à une clinique et est très énervée déjà, l’attente de la fermeture
des portes l’agaçant un peu plus avec le dedoublement de ses petits enfants amuses a ce jeu stupide, leur redoublement aussi, ainsi que celui de ses douleurs. Des traits piquants de
mon esprit enjoué font surface qui ne font que me conforter dans ma propre estime : je me sens voyeur mais je me sens heureux, car je viens de quitter une planète et d’atterrir ailleurs.
Cette joyeuse aventure me fait soudain prendre conscience que je fais partie du décor, que c’est mon quotidien et que je perds la mémoire chaque soir, presque aussi souvent que je le
veux, finalement. Personne ici n’a l’air aussi ébahi que moi. D’où cette question : Que pensent ces gens ?/./ Ils ne cherchent pas les Coyotes
Agglutina, eux, Monsieur.
Il est 15h GMT lorsque je me reveille dans le meme train que celui dans lequel j'ai embarque la veille. Le monorail aerien qui circule sans fin dans chaque recoin des quartiers peripheriques de Tokyo et de Yokohama est maintenant bonde. Je m'etais un peu affale et je vois bien l'emotion suscite par ma posture. Personne ne s'est assis a cote de moi. On redoute singulierement et toujours avec la meme crainte epistolaire l'inconnu qui dort dans les trains. ON a du me prendre pour un "Intrus Flagrant". Le train s'arrete a Kawasaki-ku ou beaucoup de personnes sortent bien vite, leur moral en poche pour affronter les rendez-vous. Je suis a mille lieues de ma destination. J'etais cense couvrir les quartiers nord et me voila en plein sud de Tokyo, presque dans le centre commercial de Yokohama, ou seules les bonnes gens se rendent. Des cmeras partout, il serait inconcevable que mes cibles s'y trouvent. Je suis un peu debousole, surtout tres fatigue et j'ai besoin de me refaire un costume si je veux avoir des chances de passer plus inapercu. Mon portable a affiche le nouveau message: 'Glaciation des derniers episodes, Parj est presque mort. Et (surtout) toujours pas de nouvelles des Coyotes Agglutina.'
Henriette m'a souri des que je suis arrive. Je l'ai appeles ainsi par derision et je m'y suis tout simplement attache, ainsi qu'a la voix tres peu sexy que je lui ai donnee et aux couleurs rouge sombre - mauve et bleutes que j'ai profile a chacune de ses facettes animees et aux ensemble cosmetiques, vestimentaires et bijoux que je lui fait parer chaque jour, a quelque heure du jour ou de la nuit, a son insu. La pauvre ne dort jamais. Mais elle ne m'en veut pas. Elle me sourit superbement au contraire. Son meme age fort avance depuis 12 ans que nous cohabitons ne l'a jamais plus ridee. Quelle veinarde ! Alors que je deviens un peu plus grisonant chaque jour que les Coyotes font ou defont. "Merci pour la vaisselle", dis-je a Henriette. Elle a nettoye toutes mes tasses entasses ici depuis une semaine. Elle a du considerer que je me laissais un peu aller. Pas de reponse. Quelle femme extraordinaire !
Dix-huit coupes de Noodles japonaises et a peu pres autant des authentiques chinoises qui font toute la valeur de cette recette complexe et variee, facile a cuisiner, accessible a tous et accueillie comme le nouveau remede a la famine des celibataires. Je me regale d'une d'elles en regardant la television cablee de mon reseau. Jooji Karikubo, mon boss du moment, a decide de mettre en ligne certains des episodes glorieux de toutes les esquadrilles de nuit depuis 1962, dont je faisais partie en 1986. Revoir certains visages, revivre certaines emotions explosives de la fin de cette ere porteuses de sens et de recettes me donne quelques maux d'estomac que les noodles n'aident pas a faire passer. Henriette me dit: "Depuis cette epoque, Juilo, les trois nouvelles compagnies majeures que vous connaissez ont pris plus de 75 % du marche et effectuent aujourd'hui a leur propre compte plus de 90 % des recyclages mataux et plastiques de Coyotes." C'est un message commande a distance par Karibuko san. Et ma compagne de continuer: "Les elements electroniques que nos esquadrilles trouvent par eelles-memes sont maintenant estimes comme depasses de quelques 6 ans. Nos analystes estiment que pres de 80 % des nouveautes technologiques dont les nouveaux Coyotes sont equipes nous sont inconnus." Et a moi de finir le message: nous sommes depasses par les evnements, je ne suis meme pas sur que mon boss n'en soit un.
Je crois qu je ne sais meme plus a quoi ressemble un Coyote Agglutina. A quoi ils ressemblent maintenant. Put-etre sont-ils devenus des sortes d'etre spectraux, des eponges magnetiques
circulant non pas dans les trains mais dans les liaisons electriques qui les pilotent. La baie vitree de ma demeure nichee en 100 eme etage s'ouvre et se ferme. Henriette m'appelle "Ca va Juilo ?
Tu as l'air un peu fatigue. Veux-tu que j'ouvre un lit ?" Ca va aller, lui dis-je. Je dormirai dans le train.
Impression parallele, mai 2oo5
Mes retroliens degraffes, je commence a peine a ressembler a une femme miraculeuse, a un etre de myhtologie, avec tous ces agrements colores de poudre de sucre fin, chaud bleute par les
reflets de carrelages en prismes solaires figes en un trois rayons.
Henriette rigole bien de me voir ainsi travesti. Elle me trouve quelque peu change, meme de l'interieur. Il parait que ce costume electromagnetique ne me serait jamais alle il y a un an. Et,
d'apres ses dires, je degage de plus que ce que cette simple parure peut offrir du mirage, quelque chose comme une etoffe naturelle, qui doit naitre de mon regard adouci par les annees passees
avec elle et le visage aminci par le regime aliementaire strictement nourrissant que m'imposent depuis quelques annees mes revenus sans cesse decroissants et l'abus simultane de quelques drogues
tres subtilement dures.
Je m'arrete icipour signifier comme en effet, la nouvelle que j'ai semble vouloir suivre comme le fil d'une vie parallele, parait etonnament ou non, decousu. La syntaxe elle-meme, la double
ecriture, les mises en abime qui y sont recurrentes et masquees par des jeux un rien volontaires, et le changement de rythme, de table de perception des evenements qui ont lieu,
l'alternance du champ lexical lui-meme, le voculaire, et meme la disparition des accents dans le texte me laisse a croire que j'ai problement reingere le texte initial une premiere fois
avant de me replonger dedans, plus tard. Cettes question, comme lorsque je lis Audiberti ou Robert Challe en emettant en question le cote affabulateur du personnage que l'on nous refute dans la
preface, cette question, donc, surgit, de la legitime veracite, et, a tout le moins de l'interet du recit. Ai-je voulu me laisser des traces ? Je me reprends a y croire.
Coyotes Agglutina, publies en aout 2oo5
Meme passage force que ce matin devant les 3 portes que je decouvre maintenant, avec l’esprit un peu plus clair – quoique - etre des portes de detection qui controlent les passages et verifie les flux. Des capteurs lumineux ont saisi a mes passages une empreinte de mon corps, et je ne sais pas laquelle.
Je sors enfin sur une plate-forme vide ou m’accueille un taxi a ascension verticale. J’en penetre le salon et m’assois a mon aise en face de la place ou je voyais ce matin une jeune fille au regard troublant qui me reste toujours comme un souvenir d’enfance. Si c’en est un, ma vie est une journee et je meurs ce soir de l’horreur que j’y ai vecu.
Ascension vers Grand Instance la bien nommee. Un parking de 7oo m de long ou le taxi me depose avant de redescendre selon sa fonctionnalite a toute epreuve (de logique) d’une logique parametree qui n’est definitivement pas la mienne.
Mon pas atteint le sol en plastique tendre du parking vert du tribunal ou remuent au loin des centaines de silhouettesen suivant la meme mouvance subtile des degardes clairs aux obscures motivations parametrees selon une logique qui n’est toujours pas la mienne, et je marche avec attention sur le sol accueillant. Vert, sans nuance, limpide, mou, vertigineux, sans asperites, je crois marcher sur une moquette que j’aurais connue dans une autre vie. Moquette d’herbes fraiches ou pelouse vivante. Je me pose des questions.
De mon cote de la plate-forme, loin de tout, proche du vide aspirant et du bruit ronronnant des moteurs electriques regles en mode ralenti, seule, droite, se tient une fille en jupette d’ecoliere japonaise ; son visage pourtant n’a pas l’air japonais. Du tout. En m’approchant, je vois bien qu’elle a l’air martiniquaise ou guadeloupeenne plus que nippone. D’ailleurs, elle n’est pas ecoliere, mais ses seins pointus ne lui donnent pas plus de 25 ans. Dieu nous a donne des yeux, e les use ainsi a la regarder fixement en m’approchant d’elle. Elle ne m’a pas quitte du regard depuis que j’ai pose le premier pied au sol. Je lui demande "Que faites-vous la ?" Elle a l’air parfaitement ebahie, beate d’incomprehension sans doute. Meme stupefaite. Son visage immobile declare une guerre ivre de tendresse et le reflet du couchant coule de soleil gris livide donne a sa peau un éclat de poupee qui dirait NON si elle trouvait les mots. Mais non, rien ne vient.
"Mademoiselle", insistai-je Je lui tends une main et ses yeux en suivent la progression. Je regarde ma main a mon tour, tentant d’imaginer ce que cette vue peut provoquer de terrifiant dans l’esprit effraye d’une jeune fille seule au bord d’un precipice de 1oom, habillee en ecoliere, venus d’une ile probablement superbe et dont les yeux se sont perdus dans ce champs qui a l’air d’etre de bataille.
Et ce n’est que la que je vois un peu quelque chose de tres officiel dans son uniforme. Droite comme un pic, a la pose sure, seul son regard et son doux visage laissent croire qu’elle est effrayee. Je descends mes yeux et vois sur son sein droit que j’avais pourtant deja regarde un petit carton avec inscrite la mention grasse, abile, fiere, epaisse et stricte "I-SECU", et juste au-dessus, son nom : Maggie Fitzgerald.
Elle ne comprend pas et c’est normal, pourquoi je m’approche d’elle avec incomprehension. Je souris, et me detourne pour partir, mais je fais finalement un pas en arriere et ramene ma jambe qui engageait un demi-tour. Je lui demande "Ou puis-je trouver un kiosque a journaux ?"
A la seconde d’apres, elle m’a fonce dessus et m’a plaque au sol. Avant que je n’aie eu le temps de comprendre, elle s’est asise, fesses a demi-nues, sur moi, plaque sur le ventre au sol, m’a saisi les deux bras d’une seule main et m’a arrache de l’autre le journal que je tenais ferme du bars droit serre contre moi. Elle a l’air de lire maintenant, et me balance juste apres "Ou avez-vous eu ca ?" Sa voix est effectivement celle d’une fille de 2o ans. Assez ferme comme une fille rude et prete a s’engager en pompiers volontaire pour occuper ses soirs apres l’ecole, mais surtout parce que tout correspond, de sa carure, de sa fermete, de sa volonte et de ses objectifs, a ce métier qu’elle doit prendre a coeur.
"C’est le journal de Yokohama, dis-je. Rien de plus normal. Je l’ai garde car il concerne un ami a moi." Je me rends compte que je ne sais rien de ce que je peux ou non dire. Mais je m’en fous pas mal, je ne tiens absolument pas a m’arreter aux bassesses des regles stupides qu’on voudrait bien s’efforcer de me faire appliquer. "Je suis eveille ! Vous comprenez ! Bordel ! DE-ROU-TE ! Depuis ce matin, ma vie est un cauchemar, et hier, c’etait peut-etre bien pareil ! Ce sera de meme demain, c’est ca ? Hein ?! Non, alors !"
Entre-temps, et visage tourne a elle pour la regarder, j’ai vu ses yeux clignoter bleus et jaunes. Et c’est finalement a cette derniere couleur qu’il se sont immobilises. J’espere que c’est la compassion ... Elle m’attrape les poignets des deux mains cette fois-ci, avec rage violence. "Manifestement, non, ce n’etait que la rage qui monte avant de tuer."
A peine en position de pouvoir prononcer un mot qui serait de toute facon retenu contre moi, en vertu de quelques lois habiles, je grignotte un morceau de pelouse qu’elle me force a coller au visage en appuyant sa tete pastique lourde baissee sur la mienne et ses deux jambes s’enroulent autour de mes genoux. Apres cette prise, qui a du lui etre apprise en apprentissage de chasse aux Ours Feroces, elle se souleve un peu, porte tout son poids sur sa tete, ecrasant la mienne un peu plus, et rabat violemment ses fesses sur les miennes. "Pour un journal, bordel..." Dans cette utlime position, je crois mon sort fait, sans neanmoins savoir ce que j’ai fait de travers qui l’ait pu enervee autant.
J’ai d’abord tente, en animal ecervele, sans penser, de me demener, mais ce fut en vain, bien sur. Et quand je crois desserer par ma force hulquienne ses jambes qui me ligottent, je me rends en fait compte qu’elle lache peu a peu prise, et que sa tete me laisse bouger. Je la regarde pour voir quelle couleur etait la compassion, ou en decouvrir une nouvelle, comme celle de l’ultime sang froid pour tuer sa proie. Ses yeux se sont mis en mode veille : petite loupiotte rouge, et elle tient dans sa bouche de plastique pale revulsant, rouge, intacte, ma carte de visite : "Ministere de l’Ordre, John Malls, Dept. Coyotes Agglutina." Elle donne un contraste vomitif, de ses caracteres gras et de toute sa couleur pleine, rouge, vive, avec le teint pale de son visage d’une blancheur ecaralte deja vomitive en soi. Elle me relache complement et son visage redevient celui d’une jeune fille effrayee et incomprehensive. Je le suis aussi. Arrachant de son distributeur a carte rouge ma propre carte de visite, je m’apercois en faisant glisser mes pouce et index, que m’a ete distribuee avec elle une carte de M. Charnez, "Ministere des Budgets, Dept. Services de Nuit."
C’est comme ca qu’on communiqué, Yokohama-Shi, dans la ville qui l’air d’une planque enterree sous les Enfers, si ce ne sont deja les Enfers eux-memes.
Mon journal a la main, l’air vaguement snob, droit, enfin, et quelque peu congestionne comme du plastique ou casse comme un animal mecanique comme ceux que certains reveraient de posseder, je retire bien vite cette expression de mon visage, comme me l’inspire le degout profond pour cette situation, et l’exasperation que j’eprouve a avoir cherche un temps soit peu a toucher le pathos sans ghost de cette poupee en plastique recyclee et denuee de toute emotion sthentique ou autres.
Puis il se mit a pleuvoir et mes habits se couvrent d’un fin film de caoutchouc gluant super gelatineux. Je m’en vais sous la pluiev et prend le deuxieme taxi que j’etais cense prendre au lieu de venir me battre ici ou me prendre une derouillee par une pompee de 25 ans. En route pour le Tribunal, ce sont 7oo m de slalom entre les bandes blanches, les jaunes et les bleues, sous une pluie battante, et je suis depose devant un kiosque, tout en avant de l’immense batisse du Tribunal en marbre ancien et moulures apparentes. Une fois dehors couvert par une longue avancee en plexiglass, je regarde la pluie tomber, me joignant a une centaine de personnes graves quasi immobiles qui discutent. Je range mon journal dans mon pantalon et m’avance vers le kiosque.
12 journaux differents, une vingtaine de magazines de finances, de jeux, economie, business, markting, et meme
deux revuesde geopolitique. Je promene mes mains sur les couvertures pour en decouvrir les grands titres ou en lire des passages, quand mes yeux trouvent a la fois le journal que je
cherchais, l’edition de Yokohama "Toulouse demain", une revue porno, et un magazine sur la Coree du Sud et sur le Mexique. Je pioche ces deux derniers, et, apres quelques minutes comblees a
contempler les images, je m’arrete sur les images de reve que vend le magazine aux pages consacrees au Mexique. Tout ca semble m’evoquer des souvenirs d’enfance. De quelle vie me viennent ces
connaissances d’un monde tout au dehors, qui parait vu d’ici tellement inaccessible ? Je commence a comprendre ...