L'ampadiem

  • : Le blog de Ampad Embiem
  • : Culture intra-utérienne d'une fleur technologiq : cheminement d'une réflexion de l'esprit sur les bords brillants de lyrism du théatre alternatif ~
  • Contact

Moi, Ampad

  • Ampad Embiem
  • Ampad Embiem, je ne suis la qu'un jour sur deux, mais je le vis plutot bien
  • Ampad Embiem, je ne suis la qu'un jour sur deux, mais je le vis plutot bien

Archangelism scientifiq

" (...) proche le moment ou, par un processus de caractere paranoiaque et actif de la pensee, il sera possible (simultanement a l'automatisme et autres etats passifs) de systematiser la confusion et de contribuer au discredit total du monde de la realite. " Salvador Dali, Minotaure No1, 1933.

Un tres beau site sur DALI

 

Bienvenue

Bienvenue a tout nouveau visiteur

Ce blog créé il y a un peu plus de 2 ans maintenant de l'association uniq de la surprise et du tant attendu, restitue intactes les bribes

de restes d'authentiques retrouvés ici ou la, de ce que les littérateurs et créateurs de ce monde, ont contribué,

avant nous déja, est-ce a dire et, encore aujourd'hui, a élaborer le Beau pour qu'il vienne jusqu'a nous

dans l'état merveilleux ou nous avons le bonheur de le trouver pour tenter d'y toucher.

J'ai pour but ici et ailleurs, Ici Et Maintenant, dans cet IEM permanent et constant d'instabilité, de le propager, de l'expérimenter, de le faire travailler, de le dédoubler, de le transposer et de le faire permuter avec ses doubles et avec ses moitiés, de le mettre tour a tour en exergue, en abime, en difficulté, en chaloupe meme et en page pour enfin et a terme, pouvoir le remettre a la retraite d'ou il se trouvera la force apaisée et sereine méritée d'une vie multiséculaire sur toutes les plages des temps, de mener devant nous, et pour nous, de lui-meme des actions pour s'autorégénérer sans plus s'en laisser conter ~

11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 11:50

Premier episode de cet episode de l'histoire dans lequel on n'explique pas comment Andalouse est arrivee jusque la.
 
Andalouse est une fleur violette, une farouch' des pres. Un eclair d'or nuptial qui s'endort chaque fin d'ete et revient avec les doriphores, qu'elle mange, sans relache, pendant toute sa periode d'ovulation ~ probablement parce que cela accroit ses sensations et fait jaillir en elle ce on-ne-sait-quoi de noble qui donne a tout le gout de l'authentique.
Andalouse a beaucoup voyage, en barque surtout. Avant de devenir farouch', elle etait belier, et elle belait, naturellement ~ enfin, parfois c'etait de la comedie aussi, car elle etait surtout et avant tout belier de scene, contrairement a moi qui fus belier de chene, juste et encore a peine bon a donner de la tete ou on me la mettait sporadiquement pour enfoncer une porte, simplement en tant qu'arme dissuasif ~ ce qui n'a pas toujours fonctionne ~, pour se proteger de ceux contre qui la dissuation n'avait, justement, pas fonctionne, moudre du cafe, ou encore ~ mais plus rarement car heureusement Andalouse est la depuis longtemps ~ tuer une colonie entiere de doriphores, ce que je fais tres bien d'ailleurs.
Elle est partie de Pondichery en Inde le jour ou on a annonce qu'on nommerait le lieu Pondichery (ca ne devait paslui plaire, je ne sais pas ~) et bien avant, etonnamment, qu'elle devienne PONDICHERY L'IMMACULEE, et est arrivee comme par magie ou par detours de passe-passe, et presque sans le vouloir, a Pondichery en Ille et Vilaine, avant bien avant meme que ce nom soit donne a ce petit bled paume en Bretagne, quelque part non loin au Nord de Rennes. Peut-etre d'ailleurs est-elle a l'origine-allez-savoir-pourquoi-pas de cette apellation (d'orginie incontrolee).
On peut imaginer la scene ~ ANDALOUSE ! ~ comme il faudra plus tard prendre l'habitude de l'appeler fort a lever les tons de tous ces pastels jaunes en tout qui nous rendront fous - parle encore tres mal le francais, ce qui n'est plus le ca, loin de la, elle le manie avec une dexterite qui rend jaloux les plus vieux Francais venus d'inde et meme les autres :


Incomprehension :

"Vous venez d'ou", qu'il demande, le livreur en arrivant a Pondichery, a six heures et demie du matin, la trouvant a l'arriere de sa charue remplie de poissons en provenance directe de St Malo. Elle a peur, elle a froid, elle est fatiguee et elle n'a plus faim apres ce qu'elle s'est mis dans le fond du bide entre Saint Pere, La Richardais et Miniac Morvan, et alors que la charue devait la secouer comme c'est difficile de se l'imaginer aujourd'hui. Il est furax il voit du feu.
Comme elle ne repond pas, il va vers elle, leve la main sur elle a plusieurs reprises, menacant meme ! de la frapper ~ ordure ! ~ et dit "Bon sang, je sais pas ce que tu fous la, mais tu vas decamper, ma jolie" ~ ils ont ca de commun les types dans son genre qu'ils appellent les jeunes femmes sans defense "ma jolie", meme s'ils ont encore la main levee ~ sans aucun scrupule, ca parait dement et pourtant ...
Il la fait sortir du camion et l'envoie paitre-ou-quelque-chose-comme-ca dans les fleurs sur le bas cote. Elle est alors au milieu de rien, Pondichery en Ille et Vilaine ressemble encore a un hameau de village ~ ce qu'il est reste fort heureusement ~ principalement constitue d'un HLM pour deux personnes ~ sit un cabanon qui fait vaguement pense a ce que sont les restes des maisonnennettes de fond de jardins des campagnes, et ou, il y a un siecle encore et meme moins, on allait evacuer ce qui avait besoin de l'etre, dans un trou, sans plus d'accesoires.
Une maisonnette, donc, voila a quoi se resumait l'actuel Pondichery-en-Ile-et-Vilaine le jour ou Belle-Andalouse y est arrivee. Elle ne s'appelait pas encore Andalouse, pas plus qu'aujourd'hui d'ailleurs, mais ne portait pas le surnom qu'aujourd'hui ele porte au cou comme un troisieme oeil ~ puisque c'est moi qui le lui ai donne, et que moi, je n'etais encore que belier ~ probablement occupe alors-oui-ca-doit-etre-ca-les-dates-concordent-et-Concorde-n'existait-pas-non-plus a enfoncer les portes de colonnies de doriphores pour dissuader l'ennemi Orleanais d'envahir le morceau de jardin si difficilement acquis par ma fiere et colossale armee de Bourguignons faits de chair et d'os ~ et surtout de chair d'ailleurs.
La charue repartie, Andalouse a dormi dans les paquerettes, parmi les farouch' aussi, et ne s'est reveillee d'un long et profond sommeil dont on dit qu'il fut a l'origine de tous les reves independantistes de la Bretagne moderne, laquelle sait et a toujours su inventer des fables extraordinairement belles et incroyablement surrealistes, deja, que sous la rosee du petit matin. Enfin, le petit matin, c'est une facon de le nommer tres mignonne mais c'etait quand meme une sacree fichue de glaciale de rosee a la con en verite, on etait en novembre. Elle a couru tout ce qu'elle pouvait jusqu'a la source de chaleur la plus proche ~ menee par des instincts tres primitifs, humant les airs et dressant une tete farouchement excitee par toutes sortes de conneries - ainsi le parfum d'une fraise des champs, ainsi l'odeur nutritive d'un sanglier qui lui serait impossible de terrasser seul, ce qu'au contraire je suis capable de realiser - c'est une fumee de cheminee qui l'a guidee comme un moustique par la chaleur du corps humain ~ hmmm. Pique-moi Andalouse (~ je crois rever ...) !
Et allons savoir par quelle mouche piquee justement, elle essaya brusquement, sans la moindre adresse puisqu'elle avait tout quitte, ni grande agilite, de monter sur la maisonnette, dans le but de rejoindre une cheminee qu'elle prenait sottement pour un carre de peau ou se poser. Quelle tete ne fit pas l'homme de l'humble et modeste cabanon de fond de jardin quand il ouvrit sa porte, la surprenant tombant encore dans sa chute libre et sans parachute ni botte de paille pour l'accueillir en douceur sur un sol degueulasse au possible ~ ce qui est aujourd'hui evidemment impensable pour femme de son ampleur chaste et gracieuse ~ quelle epoque ! ~
Elle lui chuta devant le nez. Et meme !, eternua devant le meme nez, qui venait de se baisser plus pres !
Imaginez un ogre "Hmmmm... Grognobologneubeu ! DH!eumolieu!Hmneudeubeu ! .... Hmmm... Sorolokeugneudeubeuleu !! Hmmmm..." Sa femme, comprenant qu'il l'avait appelee, accourut (d'au moins deux pas) jusqu'a la porte de la cahute (et faillit en meme temps marcher sur Andalouse ~ vraiment !: quelle epoque ~).
"Qu'est-ce-c'est-qu'ca", qu'elle fit.
"Qu'est-ce-c'est-qu'sait-qu'est-ce-qu'ca !" Elle avait raison de se reprendre, la mere, je crois qu'elle avait deja fait une faute de grammaire dans la premiere proposition.
"Qu'est-ce sex a ?" Cette grande fresque de l'histoire de l'humanite, avec ses quelques erreurs volontairement glissees, a inspire plus tard a un auteur du nom d'Andre Breton, rien que ca - ses ancestres sont originaires de la deuxieme hutte qui s'est construite quelques mois plus tard a un troisieme pas de la ~ mais avant encore que le nom de Pondichery ne soit attribue ~ il faudrait pour cela attendre que la cite comprenne un principe de base sur la vie en societe, et aussi au moins une troisieme maison, ce qui ne viendrait que six ans encore apres cela - un texte aujourd'hui celebre de son anthologique et immanquable Antologie de l'Humour Noir. Andre Breton, pour les moins savants des Bretons de ces contrees (je ne critique pas), etait bien loin d'etre ne encore. [Il faudrait pour cela attendre environ tres tres longtemps, voire un tres de plus, et surtout plusieurs generation de legendes et de contes de coin du feu ~ merci a eux - pour voir encore timidement paraitre dans l'encoignee sous-jacente d'une envie debordee de faire quelques bonds de l'esprit autour de la revolutionnaire et sensationnelle envie de se tourner la poesie a la page d'une histoire, et commencer ensuite, dans le visage des petits-enfants de la creation qui en decoulerais, celle qui forgerait disons, les premisses deja bien etablies, a un nouveau rejeton de la Bretagne, lequel s'en emeciperait pour devenir !~ paradoxalement, le veritable BRETON, tel qu'on le connait aujourd'hui : mort et inscrit dans la plupart des bibliotheq francaises, comme un ecrivain a l'illustre et novateur talent.]

La femme, perdue dans ses idees sans savoir encore tout ca et des lors qu'elles arrivaient en groupe excessivement nombreux et sans hierarchie dans l'ordre ~ [coutume conservee jusqu'a aujourd'hui dans nos files d'attente a La Poste ~ merci a eux.] se baissa finalement pour recueillir cette petite chose ecrasee comme une merde andalouse, notre chtite Andalouse, toute chtite encore dans ses poils de laine chopes le matin-meme sur le port de St Malo ou elle s'est gele les miches une bonne heure en attendant que le chaloupier ~ un authentique pecheur a la ligne de l'epoque embarque sur une barque qui ressemblait d'avantage a une maisonnette de fond de jardin elle aussi ~ decidement ~ se decide donc a refiler le paquet de gauche, de deux livres, ou celui de droite de deux livres et quelques, au livreur de Rennes. [Il avait finalement choisi d'attendre encore un peu. Et Andalouse, perdue dans tout ca, arrivee cachee sous une barque un peu apres le chaloupier, s'etant refugiee deja dans un cabanon-je-vous-dis-comment, se gelant les miches, y a pris ladite couverture, qui etait en fait, en plus d'ere impregniee d'une vraie-bonne-odeur de poisson plus-tres-frais-de-la-veille, etait une authentique serpiere qui avait entre servi une autre veille aussi foutrement fraiche a nettoyer le sol du cabanon-je-vous-dis-toujours-pas-comment ~ enfn, juste le seuil, c'est a dire presque tout quand meme.]
"Oh mais pauv' fille", qu'elle dit la mere encore perdue dans toutes ces idees arrivees en grand nombre et comme si elle avait vu dans ses yeux toute l'hstoire que je viens de vous raconter, "Pauv' chiotte fille", qu'elle ajoute, "pauv' Chtite chtiote fi-fille", qu'elle a continue jusqu'a ce que la hierarchie des ordres reprenne le sien dans son esprit tout bouscule par pareille heure de pointe, "Mais t'sais ou qu'c'est-qu't'es?", qu'elle lui demande, visiblement au courant qu'une Adalouse das ce genre n'etait pas d'ici ~ du tout ~
"T'sais ou qu't'es ou t'sais pas?", "T'sais qu't'es pas tout a cote d'chez toi ou t'sais pas?" (par la suite je ne donnerai plus, de ces repliques, qu'une version definitive - la plus synthetique des trois ou quatre, et parfois plus ~ dans un souci aesthetique et semantiq qui me parait evident ~ et a vous aussi je parie.)
"Pondichery", qu'elle dit, la chtite.
C'est reste. On s'est raconte l'histoire, et encore, jusqu'a comprendre et croire devoir comprendre qu'elle voulait donner ce nom a l'endroit (ou dans l'autre sens, mais Yrehcidnop ne sonnait pas bien). C'est donc un des ancestres des voisins de la famille historiquement modeste de Andre Breton qui a donne a Pondichery le nom qu'il a aujourd'hui ~ pour ceux qui n'ont pas tout lu et n'arrivent qu'a cette derniere phrase (ne relisez donc pas), je parle de Pondichery en Ille et Vilaine, hein, pas l'autre. (Qu'on dise pas des trucs encore...)

Alors, mais ce matin de novembre y a longtemps-tres-tres-longtemps, comment Andalouse s'etait-elle donc debrouillee pour arriver a St Malo en barque ? Et surtout : d'ou venait cette barque. C'est drole a dire, hein, mais elle etait partie trois heures plus tot : de St Malo, precisement.
Et Andalouse avait passee toute la fin de cette horrible nuit de novembre ~ sa troisieme fin-de-nuit-horrible-de-novembre en France ! ~ dans une barque, deja, a se geler les miches ~ et sans serpiere sur le dos ! Quelle horreur. Heureusement, les choses depuis ont bien evolue, et il est inconsevable que pareille aventure soit le dur lot d'Andalouse, que Mere-Nature protege, que l'Homme gate, que l'Histoire aime, mais elle a pour cela gagne des galons et elle l'a bien merite. A cette epoq, non, o que non. Andalouse etait une horrible petite fouineuse au nez grassement empate, moche, ou que laid-que-laid-que-laid, elle grattait se frenetiquement la joue, elle mangeait ses croutes du coude et elle gardait ceux des genoux pour le lendemain, elle parlait un patois indien de Pondichery (pour ceux qui n'ont pas suivi, ce Pondichery, c'est bien celui d'inde, faut lire, hein ~ bordel... Je le dirai pas deux fois de plus ~ ), qu'elle prononcait comme si elle avait deux gros morceaux de pain dans chaque fond de joue ~ c'etait peut-etre le cas, car, heritiere d'une autre vie, encore anterieure ou Andalouse etait en fait ni-plus-ni-moins-jolie-mais-encore-juste un prototype encore assez mal foutu de l'actuel petit animal qu'on designe familierement Hamster, elle avait tendance a faire ca, beaucoup meme. Ca la rendait vraiment pas sympathique tous ces petits trucs du quotidien ~ un tue-l'amour doriphorien, dantesque meme. Un tue-l'amour-en-soi, voila.
La nature ne l'avait pas gatee, et elle ne faisait rien non plus de son cote pour se la rendre plus sympathique.

Mais heureusement, comme je vous l'ai dit, Andalouse, depuis, a change. Beaucoup change (sauf pour le truc du Hamster ~ va falloir arreter un jour quand meme mon Amour.)
Eh bien, cette nuit-la, il devait etre dans les allez-oui-quoi-ca-devait-etre-pas-plus-que-oui-c'est-bien-ca-le-poisson-dormait-encore-bien trois heures du matin. Un pecheur est un leve-tot, en pays Breton ~ deja a l'epoque, c'est d'ailleurs grace a ca qu'il a une si bonne place dans notre vie au jour d'aujourd'hui, il a bosse dur, le pecheur Breton, et ce depuis des lustres. Un leve-tot qui se couche avant-bien-avant l'heure des poules ~ c'est couramment six heures trente du soir en septembre, mais ici plutot vers dix-neuf heures ~ des couche-tard les poules Bretonnes, parce que le Coq est un sacre saligot. Et lui se couchait vers l'heure-des-poules-pas-d'ici-mais-de-partout-ailleurs, soit, donc, vers dix-neuf heures. Trois heures du matin, il saute du plumard. Il est dans la cuisine direct, ca tombe plutot bien, il avait pas trop envie de marcher ce matin. Il fonce sur la gaziniere, allume le feu, et met un plat micro-ondable dedans ~ quel manque d'hygiene, c'est clair ~ et enfourne deja pour gagner une minute la pate a pain dans l'autre four. 
Il fait sa toilette, sort dans la nuit noire, marche jusqu'a un de espece de cabanon de fond de jardin - peut-etre la maison d'un voisin - ou il reste dans les deux minutes, puis va reveiller le coq ~ juste pour le delire. Le coq leve le cou et la tete, ouvre un peu le bec et dit un "Pitie, j'ai une soiree dure hier soir." et se rendort sans avoir ouvert les yeux. Trois heures douze, l'homme allume le moteur de sa charue, et fonce au port - oui, au port de plaisance bien sur, au port de plaisance. Il laisse la charue devant une espece de barbele de l'epoque, pousse une autre charue qui n'est pas la sienne et etait mal garee, pose dessus, une fourche trouvee la on se demande pourquoi, reprend sa charue, sans avoir arreter le moteur, avance encore de trois, quatre metres, s'arrete devant sa barque, soit a au moins cinq metres du bord de l'eau, monte sur le devant de sa charue, en saute, et atterit presque directement de la barque, dont il extrait une espece de petite pagaie, l'ancestre de celle qu'on utilise aujouhrd'hui sur le Golfe du Morbihan pour se rendre sur les jolies petites iles dont le rivage est protege par des lois je vous dis pas comment severes ~ quel voyage de la Bretagne Nord a la Bretagne sud que celui de la pagaye mais bon c'est une autre histoire ~ il ressort de sa barque je le redis avec ladite pagaie, et se met derriere, et, adosse a sa charue, sans se rendre compte de ce qu'il est en train de se passer, pousse la barque,  Plouf. Dans l'eau. Il saute sur sa barque et il n'a pas vu. Deja il est loin, la nuit noire l'a engloutie dans son sommeil fige et dans sa mort glaciale. La charue a recule, Andalouse, qui s'etait planquee derriere, a failli etre ecrasee ~ elle va dire que je lui en veux, a trop la vouloir assassinee dans toutes les scenes de cette histoire sordide ! ~ (par avance, excuse-moi, s'il te plait) et s'en est sortie en tendant les bras : la charue lui avait roule sur le bras dites donc. Elle a fait basculer la charue et avant ca, avait laisse passer deux jolis veaux qui passaient par la ~ et ce n'etait pas des boeufs comme tout le monde a tendance a raconter pour epicer des plats deja mille fois et une trop corse ... Et, un instant apres, apres que la charue renversee barre la route a l'eleveur qui les suivait en gueulant "Mais qu'est-qu'c'est-qu'qu'ca-qu'zallez-fout'e-lapaix-a-mes-betes-c'qu'zallez-pa'la-'speccxkh-d'salop'ies" ~ Le breton ancien est une langue, ne l'oublions pas, de racine celte, et les k sont gravement accentues comme s'il s'agissait la de hacher de la viande rancie avec un ongle ancien comme ceux qu'on eleve aujourd'hui - encore une coutume - dans toute bonnechaumiere de cette partie reculeee de Bretagne - je ne critique toujours pas, au contraire, entretiens encore aujourd'hui et avec la meme ferveur, une coutume tres proche, a titre personnel et non lucrativement. L'eleveur, separe du troupeau de ces deux veaux qui s'en partaient vers l'eau, comme on dit, enjamba agile, haut, fier et robuste comme nos heros moderne, la charue renversee sans voir Andalouse, et avancant une fourche a la main ~ qu'il venait de retrouver sur la charue d'un ckhopain ~ fit tant de rafut que l'homme a la barque, immensement enfonce dans l'obscurite toute noire de la mort de la nuit glaciale, s'en effraya. Il n'y avait d'habitude a cette heure-ci, qu'un gars ou deux qui rodaient dans les parages. Mais definitivement, ce matin-la, il avait bien senti qu'il y avait un truc bizarre. Une fourche par terre, la charue du ckhopain garee devant sa barque, c'etait pas net, il se l'etait dit. Et depuis, la minute en barque s'enfoncant dans la mort d'une nuit obscure du glacial noir, il y pensait ~ tout en essayant "d'emerger" comme on dit aujourd'hui, c'est a dire de mettre un mot devant l'autre qui soient assez nets et satisfaisants pour commencer de bougonner timidement d'abord puis a tue-tete comme il aime le faire chaque matin pendant cette longue navigation de sa barque dans la glaciale oscurite d'une nuit morte devant et seche derriere, jsuq'a son point de peche favori : la-juste-la-entre-c'te-point-la-pis-c'cui-la.
Et en y pensant, sans le savoir il etait a fleur de peau. Il avait peur, le vaillant Breton. Un bruit comme celui-la, a ce moment-la, ca a ete l'appel. Il s'est retourne sur sa barque. Il a donc entendu gueuler derriere les deux veaux je-vais-pas-le-redire-mais-vous-savez-bien-sales-betes-tralala, et, juste apres, a croire qu'il etait a fleur de peau aussi, le meme eleveur, ledit ckhopain arme de sa fourche, a hurle ! Saisi au foie (ils buvaient, deja les Bretons, plus que de raison, et deja a trois heure du matin, oui-oui), traverse par une vision ! Flanque d'effroi ! Effraye parce qu'il ne s'y etait pas attendu ! Et il a chute apres avoir sussombe des suites d'une longue maladie ~ un cancer du foie, ou etait-ce un coeur qui battait de l'aile ~ le vieillard arme de a fourche avait trente-trois ans, et il etait mort de sa belle mort, devant elle. Elle qui, effrayee de l'entendre gueuler, fourche-devant-foie-par-terre, a gueule aussi ~ naturellement. Et l'homme s'est tombe sur le piquant de la fourche ~ peu importe comment, la fourche etait un rudimentaire bout debois taille de tous les cotes, tous les cotes etaient le cote piquant alors ~ et s'est enfourche ~ authentiquement. Elle a gueule, Andalouse, mais gueule ~ Rhop.
Et l'homme sur la barque, dans totu ce bordel, a fait plouf, la barque s'etant renverses portee d'un cotepuis de l'autre par ces nombreuses surprise de la nuit mortellement noir du sinistre obscur de la glaciale qui tue. Et il a pousse un bref cri, en tombant, qui ne fut pas oui d'Elle (Andalouse).
Le plouf, meme de la barque: pas oui.
Inoui. Quelle histoire, et ce n'en est que le debut (plein pot, elel a fait les choses a fond, ce matin la, sa troisieme fin de nuit horriblede novembre passee en France). 
L'homme nage et nage, jusqu'a regagner la terre ferme. La terre, elle-meme, ferme ("On ferme !, allez, tous au lit, Messieurs les Ivres-Morts"), et la boutique a champignons lde Paris, importee la veille pendant la nuit dans une charue qu'Andalouse avait empruntee (a l'arriere comme a son habitude, c'est pas des manieres franchement, heureusement elle a recu une education stricte et droite, un peu plus tard~ sans quoi ... sans quoi.)
La terre ferme regagnee, la terre fermee et les champignons de Paris ouverts on se demande pourquoi a cette heure ci du matin ~ a trois heures vingt-trois du matin franchement), Andalouse venant d'assister a l'auto-suicide volontaire et consentant d'un homme mort a l'age de mourir une fourche dans le foie et le foie dehors (donc ou est la fourche maintenant ? a vous de deviner), les deux veaux au bord de l'eau, et l'homme trempe, il restait a Andalouse ce matin encore un tour dans sa poche pour definitivement et de facon irremdiable semer la zizanie dans le quotidien d'habitude si monotone des vaillants Bretons qui se levent tot.
Andalouse, armee de courage depuis son long periple depuis Pondichery-en-Inde et plus vilaine que jamais ~ encore avec ces deux morceaux de pains dans chaque joue, quelle horreur, quel spectacle horrible ~ s'approche du mort. Premier reflexe. Touche "pour voir" qu'elle dira plus tard. Deuxieme reflexe. Tate un peu et prend la fourche "elle etait la, je me suis dit que je la trouvait bien". Troisieme reflexe. Se retourne. Et flac (quel bruit horrible que celui des pics de la fourche qui s'enfoncent dans la chair tendre et juteuse d'une fesse de veau. Le veau pousse un meuglement de tare, avance de trosi pas, poussant l'autre qui avance de quatre ~ l'effet inverse de celui qu'on connait sous le nom de Tire-Bouchon, et qui donne son nom a l'actuel petit train qui relie Carnac a Quiberon pendant les mois d'ete ~ et arrive donc juste devant le nageur trempe. Ouf, c'etait moins une, mais il a eu les boules quand meme. D'ailleurs, physiquement, il les a eues, il a meem conceptualise la notion d'avoir les boules et s'est si bien appropriela chose qu'on peut dire qu'il est devenu la notion meme de boules. Il s'est transforme en Ayant-les-boules, et c'est pour ca qu'en relevant il marche vraiment, tres-tres bizarreemen. Il a jamais vu ca, alors il dit "va vraiment faloir que j'emerge moi." La notion du "Pincez-moi etant alors encore tres peu repandue, n'etait pas encore arrivee jusqu'a St Malo. Il faudra attendre encore devinez-combien-de-temps (tres-tres-oui-oui ~)
Je rie tout seul.


Voici maintenant Comment Andalouse apres ca, non contente d'avoir deja commis de meurtre plus que de raisonnable au lieu de rester tranquillement blottie a l'arriere d'une charue en attendant de voyager un peu encore, a aussi et enfin empalle le dernier survivant le l'hecatombe de la fin-d'une-nuit-horriblement-glaciale-de-novembre-sa-troisieme-passee-en-France, sur un poteau-qui-etait-la-pour-ca-et-n'etait-d'ailleurs-probablement-la-que-pour-ca-depuis-la-nuit-des-temps, poteau qui faisait bien douze-ou-treize-fois-sa-taille-quand-meme, poteau verticalement hisse ! qui plus est, a trois-heures-quarante-six du matin ~ sisi, si vite.

Elle a pas perdu de temps, Andalouse. Elle savait meme pas qu'il y avait eu un survivant, elle savait meme pas qu'elle le tuerait sans le vouloir, mais deja !, elle l'avait repere, ce fichu poteau. A sa pointe, a vingt-et-un metres de haut, une pointe, justement. Fine, longue, aiguisee, propice ~
Mais alors elle ne se demandait pas "comment je fais faire grimper au sommet de ce pic magnifique le dernier type que je ne sais pas encore survivant a l'hecatombe. Mais elle se disait "Tiens c'est rigolo ca, est-ce que c'est pas depuis la-haut que je vais retrouver ma maison?"
Alors elle y est allee, fourche en avant. Et ele a grimpe, fourche vers l'arriere ~ comme ca ne faisait pas e lumiere elle ne voyait plus du tout l'interet a la pointer comme ca, d'autant moins que c'etait encombrant, n'essayez pas, vous ne pourriez pas nous raconter.
Il est trois-heures-trente-sept-et-il-ne-reste-au-type-trempe-que-huit-minutes-et-quelques-a-vivre-et-il-ne-le-sais-pas. Sinon il ne l'aurait pas suivie. Pourtant, passant les veaux, leur donnant une tape sur la fesse sans se douter que l'un etait blesse, il la suivit. Et le veau fonce dans l'eau c'est-fou-il-a-plonge.
L'autre ne s'en emeut pas tant, c'est normal, il est si jeune encore.
Le type fait Oups, mais continue de marcher. Huit minutes. Il voit qu'Andalouse, qui a ses yeux n'est encore que cette-silhouette-chetive-qui-de-loin-ne-me-fait-penser-a-personne-que-je-connaisse ou quelque chose d'autre dans un patois mieux coupe au couteau ~j'annonce le cote gore de la suite des evenements ~ s'aggripe bras et jambes autour de ce troncon-leve-droit-de-forme-cylindrique-sans-raison-d'etre-connue-a-ce-jour qu'il nomme juste se l'intellectualisant en parlant a haute voix ~ car il avait lui aussi quelques problemes de concentrations et on le comprend, on l'eut ete pour moins ~ qu'il nomme juste donc "Mat". Il la voit maintenant qui monte d'un metre, de deux, de trois, et c'est au quatrieme que, sans succes a attirer son attention et soucieux de trouver terre d'exil ou se reposer pour l'eternite apres cette mort dont il est certain revenir tant tout, de ce qu'il vit maintenant semble irreel !, et ressemble le plus du monde a ce que voient les Celtes quand ils partent pour l'Autre monde ~ j'essaye d'imaginer mais a verite c'est qe je ne comprends vraiment pas du tout ce qui lui a vraiment pris de la suivre a ce moment la au lieu d'attendre en bas, sagement. Mais sagement, ce n'est definitivement pas le titre de cet episode de l'histoire de l'humaine, lequel est Andalouse !, je vous rappelle, ce qui annonce comme, au contraire, c'est un des episodes les plus barres, les plus tares, les plus cingles-fous-completement-zinzins de l'histoire de l'Humanite, avec les Croisades et d'autres trucs pas mal non plus ~ on en a u petit paquel d'aileurs, dans la meme veine, on est gates dites donc ~
En tout cas, bon, il monte et n'a non seulement pas plus de quatre metres d'ecart avec la pointe de la fourche d'Andalouse (mais la, pas de suspense, vous savez deja que ce n'est pas a cause qu'il mourra), mais en plus et surtout n'est-il par la meme pas en retard sur l'heure exacte de sa mort. Quatre metres et six minutes douze secondes. Quatre metres et trois minutes cinquante sept. Adjuge, qutre minutes, mais ne croyez pas que ca vous donne un repis, ce n'est qu'un arrondi mon brave, je ne refais pas l'histoire : je la conte. Aussi impartial que soucieux d'etre le plus proche possible des faits d'epoque ~ et croyez moi elle aura pas ete evidente, cette reconstitution de scene de crime. On retrouve un matin a dix heures un veau dans l'eau, un autre avec du sang tout le long du flanc, un type ecroule au sol juste devant avec trois trous dans le bide, un foie dehors et a l'age de la belle mort ~ on se demande d'abord pourquoi il n'a pas fait sa belle mort das son lit avec sa femme cette nuit-la, on fait courir une rumeur au village de La Richardais ~ car c'est de la que venait un des types qui a assiste a la decouverte de dix heures du matin, et meem si a La Richardais personne ne connaissaient ces gens ~ car c'est a vingt bornes quand meme soit a trois bonnes heures de charue (menee par des boeufs vous savez ...) il a trouve "sympa" de repandre une rumeur "Bah pour le Fun che po ~" ( ' sont Funs les Bretons d'epoque, c'est eux qu'ont nomme Rue de la Soif, la celebre Rue de la Soif - ' sont Funs je vous dis ~).
Et ce n'est que plus tard qu'on verra ce pauvre diable empalle a vingt cinq metres de haut. La, c'est l'incomprehesnsion generale. Tous les villageois le diront "C'etait un type sans histoire", "On n'aurait jamais pense qu'il etait derange ce type la, mon mari encore, passe, ouais, j'aurais dit, mais lui Prhoufff(kch)"...etc.
Bref je restitue intacte. Deux minutes : elle est en haut. Dialogue de sourd :
Elle : "Mais t'es qui, tchiot ?"
Lui : "Aaah (bavant), p'uqu'deux met'.
Elle : "Qu'est-c'tu m'bafouilles lo ?
Lui : "Glagla, fait'fio qu'mem'
Elle : "J'cherch'm'm'son (Andalouse est en fait un petit Chtite sur les bords, et la, c'est justement ce bord-la qui parle, l'autre cherch's'm'son desesperement.
Lui : "Heiiin ?
Elle : Il te reste que une minute, allez, presse-toi.
Lui : "Qu'est-c'c'est'qu'ck'ca ? (une coutume locale apparemment)
Elle : "Quoi ? Ah ca ? Une fourche, tu vois bien, je l'ai trouvee en bas, la (manquant de lacher la fourche)
Lui (effraye) : Eh !
Elle (amusee) : Quoi ?"
Et a ce "Quoi ?", etonne, surpris, completement abasourdi par ce Quoi qui n'a rien a faire la, lache la fourche. Une demie-fraction-de-quelques-fractions-plus-grandes-de-seconde-+-une-autre-fraction-minuscule, juste assez donc, vous vous en doutez, pour laisser a ladite fourche le temps d'une descente de vingt-quatre centimetres.
Lui : Ouf. (le pic devant le nez.)
Elle (lui tendant une fausse main qu'elle a trouvee en Iran dix-neuf mois plus tot) : Allez, grimpe. O r'descendra par la (riant de toute la noirceur obscure et glaciale de son ame alors encore promise aux plus ardents aux-delaskxz.
Lui la prend, lui fait "Ah!", elle fait "Hi-hi, j'tai bien eu (lui tendant la deuxieme main)
Lui fait "Glurp" avalant la fourche que cette fois-ci, l'autre main ne tenant plus, est descendue plus, et tellement plus (C'est une horrible scene, croyez-mo, mieux vaut la jouer dans un style parodique)
Elle "oh merde. Oh non, merde. Ooooh Meeeerde. Oh-non."
Elle le hisse et regarde sa montre : c'etait pas la fin.
Elle l'empalle : FIN du premier episode qui n'explique pas comment Andalouse est arrivee jusque la.
Les premiers enqueteurs sur le coup auront cette belle phrse : C'etait un avant gardiste. Un Breton comme on aura plein dans l'avenir. Il est mort par aethetism. Nous pourons nous souvenir de lui comme quelqu'un d'un grand coeur."
Le coeur en effet, pendouillait dans les epaisseurs tombantes du brouillard du matin d'un St Malo qui ce matin de novembre se reveillait d'un cauchemard. Et Andalouse etait deja loin (a l'arriere d'une charue) et ... prete a tout !
Tin-tin-tiiiin.


Partager cet article
Repost0

commentaires

F
Ampad ! Divin Ampad ! Divin enfant ! Mon H2O ! Mon élément ! Tu me pousses à bout, au bout, je bous ! Tu me pousses au crime, au rire, à l'eau ! Soit ! Breton s'y plait aussi... tu l'auras voulu... ton conte ch’ti… Bon Dieu comme j'ai ri ! ne-m'en-veux-pas-si-je-n’ai-pas-susurré-tes-mots-cette-fois-ci (je sais pas faire... aussi bien que toi...)… ton conte ch'ti –donc- m'a plongé dans une autre mer comme un mal qui s'y colle si bien à toi, à lui et à lui aussi... entre autres... un conte qui me renvoie à un comte en fin de compte… ceci dit, je préfèrerais sans doute le chant de l'oiseau bleu à celui-ci... en voici un extrait choisi par toi qui m'y a poussé...<br /> <br /> "Je cherchais une âme qui me ressemblât, et je ne pouvais pas la trouver. Je fouillais tous les recoins de la terre; ma persévérance était inutile. Cependant, je ne pouvais pas rester seul. Il fallait quelqu'un qui approuvât mon caractère; il fallait quelqu'un qui eût les mêmes idées que moi. C'était le matin; le soleil se leva à l'horizon, dans toute sa magnificence, et voilà qu'à mes yeux se lève aussi un jeune homme, dont la présence engendrait des fleurs sur son passage. Il s'approcha de moi, et, me tendant la main: "Je suis venu vers toi, toi, qui me cherches. Bénissons ce jour heureux. » Mais, moi: "Va-t'en; je ne t'ai pas appelé; je n'ai pas besoin de ton amitié... » C'était le soir; la nuit commençait à étendre la noirceur de son voile sur la nature. Une belle femme, que je ne faisais que distinguer, étendait aussi sur moi son influence enchanteresse, et me regardait avec compassion; cependant, elle n'osait me parler. Je dis: "Approche-toi de moi, afin que je distingue nettement les traits de ton visage; car, la lumière des étoiles n'est pas assez forte, pour les éclairer à cette distance. » Alors, avec une démarche modeste, et les yeux baissés, elle foula l'herbe du gazon, en se dirigeant de mon côté. Dès que je la vis: « Je vois que la bonté et la justice ont fait résidence dans ton coeur: nous ne pourrions pas vivre ensemble. Maintenant, tu admires ma beauté, qui a bouleversé plus d'une; mais, tôt ou tard, tu te repentirais de m'avoir consacré ton amour; car, tu ne connais pas mon âme. Non que je te sois jamais infidèle: celle qui se livre à moi avec tant d'abandon et de confiance, avec autant de confiance et d'abandon, je me livre à elle; mais, mets-te le dans la tête, pour ne jamais l'oublier: les loups et les agneaux ne se regardent pas avec des yeux doux. » Que me fallait-il donc, à moi, qui rejetais, avec tant de dégoût, ce qu'il y avait de plus beau dans l'humanité! ce qu'il me fallait, je n'aurais pas su le dire. Je n'étais pas encore habitué à me rendre un compte rigoureux des phénomènes de mon esprit, au moyen des méthodes que recommande la philosophie. Je m'assis sur un roc, près de la mer. Un navire venait de mettre toutes voiles pour s'éloigner de ce parage: un point imperceptible venait de paraître à l'horizon, et s'approchait peu à peu, poussé par la rafale, en grandissant avec rapidité. La tempête allait commencer ses attaques, et déjà le ciel s'obscurcissait, en devenant d'un noir presque aussi hideux que le coeur de l'homme. Le navire, qui était un grand vaisseau de guerre, venait de jeter toutes ses ancres, pour ne pas être balayé sur les rochers de la côte. Le vent sifflait avec fureur des quatre points cardinaux, et mettait les voiles en charpie. Les coups de tonnerre éclataient au milieu des éclairs, et ne pouvaient surpasser le bruit des lamentations qui s'entendaient sur la maison sans bases, sépulcre mouvant. Le roulis de ces masses aqueuses n'était pas parvenu à rompre les chaînes des ancres; mais, leurs secousses avaient entr'ouvert une voie d'eau, sur les flancs du navire. Brèche énorme; car, les pompes ne suffisent pas à rejeter les paquets d'eau salée qui viennent, en écumant, s'abattre sur le pont, comme des montagnes. Le navire en détresse tire des coups de canon d'alarme; mais, il sombre avec lenteur... avec majesté. Celui qui n'a pas vu un vaisseau sombrer au milieu de l'ouragan, de l'intermittence des éclairs et de l'obscurité la plus profonde, pendant que ceux qu'il contient sont accablés de ce désespoir que vous savez, celui-là ne connaît pas les accidents de la vie. Enfin, il s'échappe un cri universel de douleur immense d'entre les flancs du vaisseau, tandis que la mer redouble ses attaques redoutables. C'est le cri qu'a fait pousser l'abandon des forces humaines. Chacun s'enveloppe dans le manteau de la résignation, et remet son sort entre les mains de Dieu. On s'accule comme un troupeau de moutons. Le navire en détresse tire des coups de canon d'alarme; mais, il sombre avec lenteur... avec majesté. Ils ont fait jouer les pompes pendant tout le jour. Efforts inutiles. La nuit est venue, épaisse, implacable, pour mettre le comble à ce spectacle gracieux. Chacun se dit qu'une fois dans l'eau, il ne pourra plus respirer; car, d'aussi loin qu'il fait revenir sa mémoire, il ne se reconnaît aucun poisson pour ancêtre; mais, il s'exhorte à retenir son souffle le plus longtemps possible, afin de prolonger sa vie de deux ou trois secondes; c'est là l'ironie vengeresse qu'il veut adresser à la mort... Le navire en détresse tire des coups de canon d'alarme; mais, il sombre avec lenteur... avec majesté. Il ne sait pas que le vaisseau, en s'enfonçant, occasionne une puissante circonvolution des houles autour d'elles-mêmes; que le limon bourbeux s'est mêlé aux eaux troublées, et qu'une force qui vient de dessous, contrecoup de la tempête qui exerce ses ravages en haut, imprime à l'élément des mouvements saccadés et nerveux. Ainsi, malgré la provision de sang-froid qu'il ramasse d'avance, le futur noyé, après réflexion plus ample, devra se sentir heureux, s'il prolonge sa vie, dans les tourbillons de l'abîme, de la moitié d'une respiration ordinaire, afin de faire bonne mesure. Il lui sera donc impossible de narguer la mort, son suprême voeu. Le navire en détresse tire des coups de canon d'alarme; mais, il sombre avec lenteur... avec majesté. C'est une erreur. Il ne tire plus des coups de canon, il ne sombre pas. La coquille de noix s'est engouffrée complètement. O ciel! comment peut-on vivre, après avoir éprouvé tant de voluptés! Il venait de m'être donné d'être témoin des agonies de mort de plusieurs de mes semblables. Minute par minute, je suivais les péripéties de leurs angoisses. Tantôt, le beuglement de quelque vieille, devenue folle de peur, faisait prime sur le marché. Tantôt, le seul glapissement d'un enfant en mamelles empêchait d'entendre le commandement des manoeuvres. Le vaisseau était trop loin pour percevoir distinctement les gémissements que m'apportait la rafale; mais, je le rapprochais par la volonté, et l'illusion d'optique était complète. Chaque quart d'heure, quand un coup de vent, plus fort que les autres, rendant ses accents lugubres à travers le cri des pétrels effarés, disloquait le navire dans un craquement longitudinal, et augmentait les plaintes de ceux qui allaient être offerts en holocauste à la mort, je m'enfonçais dans la joue la pointe aiguë d'un fer, et je pensais secrètement: "Ils souffrent davantage! » J'avais, au moins, ainsi, un terme de comparaison. Du rivage, je les apostrophais, en leur lançant des imprécations et des menaces. Il me semblait qu'ils devaient m'entendre! Il me semblait que ma haine et mes paroles, franchissant la distance, anéantissaient les lois physiques du son, et parvenaient, distinctes, à leurs oreilles, assourdies par les mugissements de l'océan en courroux! Il me semblait qu'ils devaient penser à moi, et exhaler leur vengeance en impuissante rage! De temps à autre, je jetais les yeux vers les cités, endormies sur la terre ferme; et, voyant que personne ne se doutait qu'un vaisseau allait sombrer, à quelques milles du rivage, avec une couronne d'oiseaux de proie et un piédestal de géants aquatiques, au ventre vide, je reprenais courage, et l'espérance me revenait: j'étais donc sûr de leur perte! Ils ne pouvaient échapper! Par surcroît de précaution, j'avais été chercher mon fusil à deux coups, afin que, si quelque naufragé était tenté d'aborder les rochers à la nage, pour échapper à une mort imminente, une balle sur l'épaule lui fracassât le bras, et l'empêchât d'accomplir son dessein. Au moment le plus furieux de la tempête, je vis, surnageant sur les eaux, avec des efforts désespérés, une tête énergique, aux cheveux hérissés. Il avalait des litres d'eau, et s'enfonçait dans l'abîme, ballotté comme un liége. Mais, bientôt, il apparaissait de nouveau, les cheveux ruisselants; et, fixant l'oeil sur le rivage, il semblait défier la mort. Il était admirable de sang-froid. Une large blessure sanglante, occasionnée par quelque pointe d'écueil caché, balafrait son visage intrépide et noble. Il ne devait pas avoir plus de seize ans; car, à peine, à travers les éclairs qui illuminaient la nuit, le duvet de la pêche s'apercevait sur sa lèvre. Et, maintenant, il n'était plus qu'à deux cents mètres de la falaise; et je le dévisageais facilement. Quel courage! Quel esprit indomptable! Comme la fixité de sa tête semblait narguer le destin, tout en fendant avec vigueur l'onde, dont les sillons s'ouvraient difficilement devant lui!... Je l'avais décidé d'avance. Je me devais à moi-même de tenir ma promesse: l'heure dernière avait sonné pour tous, aucun ne devait en échapper. Voilà ma résolution; rien ne le changerait... Un son sec s'entendit, et la tête aussitôt s'enfonça, pour ne plus reparaître. Je ne pris pas à ce meurtre autant de plaisir qu'on pourrait le croire; et, c'était, précisément, parce que j'étais rassasié de toujours tuer, que je le faisais dorénavant par simple habitude, dont on ne peut se passer, mais, qui ne procure qu'une jouissance légère. Le sens est émoussé, endurci. Quelle volupté ressentir à la mort de cet être humain, quand il y en avait plus d'une centaine, qui allaient s'offrir à moi, en spectacle, dans leur lutte dernière contre les flots, une fois le navire submergé? A cette mort, je n'avais même pas l'attrait du danger; car, la justice humaine, bercée par l'ouragan de cette nuit affreuse, sommeillait dans les maisons, à quelques pas de moi. Aujourd'hui que les années pèsent sur mon corps, je le dis avec sincérité, comme une vérité suprême et solennelle: je n'étais pas aussi cruel qu'on l'a raconté ensuite, parmi les hommes; mais, des fois, leur méchanceté exerçait ses ravages persévérants pendant des années entières. Alors, je ne connaissais plus de borne à ma fureur; il me prenait des accès de cruauté, et je devenais terrible pour celui qui s'approchait de mes yeux hagards, si toutefois il appartenait à ma race. Si c'était un cheval ou un chien, je le laissais passer: avez-vous entendu ce que je viens de dire? Malheureusement, la nuit de cette tempête, j'étais dans un de ces accès, ma raison s'était envolée (car, ordinairement, j'étais aussi cruel, mais, plus prudent); et tout ce qui tomberait, cette fois-là, entre mes mains, devait périr; je ne prétends pas m'excuser de mes torts. La faute n'en est pas toute à mes semblables. Je ne fais que constater ce qui est, en attendant le jugement dernier qui me fait gratter la nuque d'avance... Que m'importe le jugement dernier! Ma raison ne s'envole jamais, comme je le disais pour vous tromper. Et, quand je commets un crime, je sais ce que je fais: je ne voulais pas faire autre chose! Debout sur le rocher, pendant que l'ouragan fouettait mes cheveux et mon manteau, j'épiais dans l'extase cette force de la tempête, s'acharnant sur un navire, sous un ciel sans étoiles. Je suivis, dans une attitude triomphante, toutes les péripéties de ce drame, depuis l'instant où le vaisseau jeta ses ancres, jusqu'au moment où il s'engloutit, habit fatal qui entraîna, dans les boyaux de la mer, ceux qui s'en étaient revêtus comme d'un manteau. Mais, l'instant s'approchait, où j'allais, moi-même, me mêler comme acteur à ces scènes de la nature bouleversée. Quand la place où le vaisseau avait soutenu le combat montra clairement que celui-ci avait été passer le reste de ses jours au rez-de-chaussée de la mer, alors, ceux qui avaient été emportés avec les flots reparurent en partie à la surface. Il se prirent à bras-le-corps, deux par deux, trois par trois; c'était le moyen de ne pas sauver leur vie; car, leurs mouvements devenaient embarrassés, et ils coulaient bas comme des cruches percées... Quelle est cette armée de monstres marins qui fend les flots avec vitesse? Ils sont six; leurs nageoires sont vigoureuses, et s'ouvrent un passage, à travers les vagues soulevées. De tous ces êtres humains, qui remuent les quatre membres dans ce continent peu ferme, les requins ne font bientôt qu'une omelette sans oeufs, et se la partagent d'après la loi du plus fort. Le sang se mêle aux eaux, et les eaux se mêlent au sang. Leurs yeux féroces éclairent suffisamment la scène du carnage... Mais, quel est encore ce tumulte des eaux, là-bas, à l'horizon? On dirait une trombe qui s'approche. Quels coups de rame! J'aperçois ce que c'est. Une énorme femelle de requin vient prendre part au pâté de foie de canard, et manger du bouilli froid. Elle est furieuse; car, elle arrive affamée. Une lutte s'engage entre elle et les requins, pour se disputer les quelques membres palpitants qui flottent par-ci, par-là, sans rien dire, sur la surface de la crème rouge. A droite, à gauche, elle lance des coups de dent qui engendrent des blessures mortelles. Mais, trois requins vivants l'entourent encore, et elle est obligée de tourner en tous sens, pour déjouer leurs manoeuvres. Avec une émotion croissante, inconnue jusqu'alors, le spectateur, placé sur le rivage, suit cette bataille navale d'un nouveau genre. Il a les yeux fixés sur cette courageuse femelle de requin, aux dents si fortes. Il n'hésite plus, il épaule son fusil, et, avec son adresse habituelle, il loge sa deuxième balle dans l'ouïe d'un des requins, au moment où il se montrait au-dessus d'une vague. Restent deux requins qui n'en témoignent qu'un acharnement plus grand. Du haut du rocher, l'homme à la salive saumâtre, se jette à la mer, et nage vers le tapis agréablement coloré, en tenant à la main ce couteau d'acier qui ne l'abandonne jamais. Désormais, chaque requin a affaire à un ennemi. Il s'avance vers son adversaire fatigué, et, prenant son temps, lui enfonce dans le ventre sa lame aiguë. La citadelle mobile se débarrasse facilement du dernier adversaire... Se trouvent en présence le nageur et la femelle de requin, sauvée par lui. Ils se regardèrent entre les yeux pendant quelques minutes; et chacun s'étonna de trouver tant de férocité dans les regards de l'autre. Ils tournent en rond en nageant, ne se perdent pas de vue, et se disent à part soi: "Je me suis trompé jusqu'ici; en voilà un qui est plus méchant." Alors, d'un commun accord, entre deux eaux, ils glissèrent l'un vers l'autre, avec une admiration mutuelle, la femelle de requin écartant l'eau de ses nageoires, Maldoror battant l'onde avec ses bras; et retinrent leur souffle, dans une vénération profonde, chacun désireux de contempler, pour la première fois, son portrait vivant. Arrivés à trois mètres de distance, sans faire aucun effort, ils tombèrent brusquement l'un contre l'autre, comme deux aimants, et s'embrassèrent avec dignité et reconnaissance, dans une étreinte aussi tendre que celle d'un frère ou d'une soeur. Les désirs charnels suivirent de près cette démonstration d'amitié. Deux cuisses nerveuses se collèrent étroitement à la peau visqueuse du monstre, comme deux sangsues; et, les bras et les nageoires entrelacés autour du corps de l'objet aimé qu'ils entouraient avec amour, tandis que leurs gorges et leurs poitrines ne faisaient bientôt plus qu'une masse glauque aux exhalaisons de goémon; au milieu de la tempête qui continuait de sévir; à la lueur des éclairs; ayant pour lit d'hyménée la vague écumeuse, emportés par un courant sous-marin comme dans un berceau, et roulant, sur eux-mêmes, vers les profondeurs inconnues de l'abîme, ils se réunirent dans un accouplement long, chaste et hideux!... Enfin, je venais de trouver quelqu'un qui me ressemblât!... Désormais, je n'étais plus seul dans la vie!... Elle avait les mêmes idées que moi!... J'étais en face de mon premier amour!"<br /> Les Chants de Maldoror – Chant II, Strophe 13 – Comte de Lautréamont
Répondre
A
<br /> tant d'images Andalouse, ici, que je sais, mais je suis pour le moment encore tristement immobile face a tout ce qui me regarde la-dedans, que je vais etre prochainement impeccablement<br /> blanchi a me savoir capable de devoir coucher comme je le desire, mes sentiments au sujet de cet extrait de recit ~<br /> <br /> <br />